Inconnu à cette adresse au Théâtre de liège

19/05/2017

Le CHU de Liège et le Rotary Club Liège Nord-Est se mobilisent au profit de la Fondation MIMI ULLENS

Vendredi 2 juin 2017, au Théâtre de Liège, le CHU de Liège et le Rotary Club Liège Nord-Est proposent un spectacle de Sacha SPRENGER : « Inconnu à cette adresse » de Katherine Taylor . Les comédiens Patrick Prejean et Sacha Sprenger y font la lecture d’un texte fort concernant la naissance du nazisme. Cet événement est organisé au profit de la Fondation MIMI ULLENS qui sera présente dès 2018 au sein du nouveau Centre Intégré d’Oncologie du CHU de Liège.

Un spectacle à ne pas manquer, un projet à soutenir !

Le spectacle qu’offrira Sacha Sprenger est une lecture de lettres échangées par deux amis portant sur la montée du nazisme.

 

La Conférence Libre du Jeune Barreau de Liège a si  souvent de bonnes idées qu’il il lui arrive même parfois d’en avoir d’excellentes. C’en aura été une en effet que de proposer d’assister à l’unique représentation liégeoise d’Inconnu à cette adresse.

Inconnu à cette adresse n’est pas, à proprement parler, une pièce de théâtre. Il s’agit d’un mince roman de Katherine Kressmann Taylor, réunissant les lettres échangées entre novembre 1932 et mars 1934 par deux amis proches.

L’un, Max, est un galeriste juif américain ; l’autre, Martin, un banquier allemand. Ils exploitent ensemble à San Francisco une galerie prospère qui porte leurs deux noms. La sœur de Max, Griselle, a été la maîtresse de Martin. Leur amitié est pour ainsi dire fusionnelle. Max réside à San Francisco, Martin est rentré avec sa femme et ses enfants en Allemagne.

Mais le nazisme entre en scène. Martin se laisse séduire par cette propagande. Assez rapidement, il renie son amitié ;  il ne « veut plus rien avoir à faire avec les juifs », écrit-il. Pire : lorsque Griselle, la sœur de Max, l’ancienne maîtresse de Martin tente de se réfugier chez son ancien amant, celui-ci préfère l’abandonner aux SA qui l’assassinent.

Max, dont on devine l’immense douleur, décide alors de perdre son ancien ami en retournant contre lui la machine nazie qu’il admire tant. Max continue ainsi à écrire régulièrement à Martin qui, de son côté, le supplie de mettre fin à leur correspondance. En effet, alors que le courrier est méticuleusement examiné par la sécurité du Reich, Max, en expédiant à Martin des messages grossièrement codés, s’emploie à le faire passer pour un opposant au régime.

 

Quand Griselle a disparu, la dernière lettre que Max lui avait adressée était revenue avec la mention « inconnue à cette adresse ». La dernière lettre du livre, adressée par Max à Martin, revient, elle aussi, avec la mention « inconnu à cette adresse ».

Kressmann Taylor signe avec ce livre, un ouvrage d’une force inouïe et d’une prémonition vertigineuse. Ecrit en 1938, deux avant le déclenchement de la guerre, tout le système totalitaire nazi est mis au jour avec une précision déconcertante. Charlie Chaplin avait fait de même avec son film Le dictateur.

Ce livre a, par la suite, été adapté à l’écran et surtout lu sur scène dans des adaptations théâtrales qui n’ont jamais modifié le moindre mot de ce texte magnifique. Depuis deux ans, Inconnu à cette adresse est lu sur la scène parisienne du Théatre Antoine. Les grands noms du théâtre français s’y relaient chaque mois : Thierry Lhermitte, Patrick Timsit, Gérard Darmon, Richard Berry, Frank Dubosc, Stéphane Guillon, et bien d’autres encore…

Entre Liège et Paris, c’est une longue histoire d’amour. C’est à Paris, faut-il le rappeler, qu’est né le fameux « café liégeois ». Organiser à Liège le premier festival international de lecture offrait évidemment une occasion à ne pas manquer d’amener chez nous ce spectacle. Détail non négligeable, la version liégeoise est mise en scène et interprétée par notre confrère Alexandre Sprenger. La boucle est ainsi bouclée avec la Conférence libre du Jeune Barreau dont Sacha a été l’orateur de rentrée, il y a quelques années.

Offrir le rôle de Martin à Patrick Préjean, grand nom des scènes parisiennes, était une idée judicieuse. Ce duo de comédiens a donné au texte un relief tout particulier et, plus d’une fois, des frissons d’émotion ont traversé le public. Il me semble même avoir vu l’une ou l’autre de mes voisines essuyer discrètement une larme.

Dans une mise en scène qui ne pouvait qu’être sobre, Sacha a eu la merveilleuse idée d’introduire entre les lectures de certaines lettres l’exécution de petites pièces musicales interprétées avec talent par la violoniste Tatiana Deamant. Elle a réussi à exprimer la mélancolie si caractéristique de l’âme juive.

Pour avoir vu le spectacle à Paris, avec Thierry Lhermitte interprétant le rôle de Martin et Patrick Timsit celui de Max, je peux écrire, sans la moindre hésitation, que l’adaptation liégeoise était simplement formidable. Au jeu des comparaisons, certes Paris tient toujours son rang, mais Liège l’a emporté haut la main.

Nous avons assisté à beaucoup plus qu’une simple lecture, à un grand moment de théâtre, aussi riche, aussi fort qu’émouvant.

Merci Sacha, merci pour cette si belle soirée.

G.W.

  Retour